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Gouvernance de l'enfance et dynamiques de pouvoir au Sénégal
Mai 2024

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Introduction
Bantare Impact Group, aux côtés de ses partenaires scientifiques et de la société civile, a organisé une conférence inaugurale portant sur le sujet de la Gouvernance de l’enfance au Sénégal, portant plus particulièrement sur la situation des Enfants Talibés. Sur la base d’une étude menée par notre fondatrice et Directrice Exécutive, Aïcha Awa Ba, titrée “Alms, for the sake of…God?” (« L'aumône, au nom de... Dieu ? ») et publiée dans Boyhood Studies, cette recherche a révélé comment le phénomène était moins dû à un vide juridique qu’à une tension structurelle entre normes sociales, religieuses et institutionnelles.
Situation initiale
Avec un taux de déscolarisation complète au niveau secondaire de 29%, le Sénégal lutte encore contre une problématique centrale de la gouvernance de l’enfance : la mendicité des enfants talibés, et ce vingt ans après l’adoption de la loi de 2005 interdisant la mendicité forcée des enfants. Ces enfants, souvent âgés de 6 à 14 ans, fréquentent les daaras, institutions historiquement inscrites dans le contrat social sénégalais et dans la structuration des confréries religieuses.
Plusieurs éléments complexifient l’analyse :
80 % des talibés ont un lien familial avec leur marabout ou sont originaires du même village — ce qui interroge les lectures réductrices fondées sur l’abandon parental ;
Le système éducatif formel fait face à des fragilités structurelles, avec 29 % de déscolarisation complète au niveau secondaire ;
La loi de 2005 interdit la mendicité forcée des enfants, mais son application demeure partielle, dans un contexte où la pratique conserve une légitimité sociale et religieuse.
La question dépasse ainsi l’opposition entre légalité et illégalité : elle renvoie à une gouvernance composite, façonnée par des rapports de pouvoir historiques, religieux et politiques.
Méthodologie / approche
La recherche dans laquelle est ancrée la conférence sur la Gouvernance de l'enfance et dynamiques de pouvoir au Sénégal a mobilisé :
Une analyse sociologique et historique des systèmes de gouvernance (religieux, juridiques, politiques, économiques) ;
Une lecture à partir de la théorie des champs (Bourdieu) pour comprendre les rapports de pouvoir et les logiques d’acteurs ;
Une analyse critique des discours publics et institutionnels autour de la mendicité et de la protection de l’enfance ;
Un dialogue intersectoriel réunissant chercheurs, société civile, décideurs publics et acteurs religieux.
Ainsi, l’objectif de la conférence était d'analyser les configurations de pouvoir et les normes concurrentes qui encadrent les trajectoires éducatives, en vue de déconstruire les narratifs concurrents qui façonnent l’action publique.
Résultats / Impacts
La conférence a permis de :
Mise en évidence de la mendicité des talibés comme ne relévant pas uniquement d’un écart d’application de la loi, mais d’un système de gouvernance structuré par la coexistence des normes sociales, religieuses et juridiques ;
Recentrage du débat sur les forces structurelles plutôt que sur la responsabilité individuelle des familles ;
Introduction des dimensions souvent sous-analysées : genre, mobilité sociale, économie informelle et légitimité religieuse ;
Ouverture d’un espace de réflexion sur la nécessité d’approches structurelles et non conjoncturelles de la protection de l’enfance.
La conférence gouvernance de l’enfance au Sénégal a permis d'apporter une lecture structurelle du champ institutionnel et religieux dans lequel elle s’inscrit au Sénégal.


